Ljubljana

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De Tübingen d'où je suis parti,  j'ai croisé la cathédrale d’Ulm à la frontière bavaroise puis Augsbourg dans les plaines avant d'approcher Munich. J'y ai appris un mot allemand : STAU.  Ça veut dire bouchon et tous les panneaux digitaux de l'autoroute l'arborent fièrement en lettre majuscule sur le ring munichois. Mine de rien,  je me faufile entre les travaux permanents d'une des plus vieilles autoroutes d'Europe et après un regard interrogatif adressé au stadium Allianz Arena, j’oblique vers le Sud-est en direction de la  chaîne des Alpes. a10Comme sur les cartes postales, de grands chalets bavarois avec  géraniums aux fenêtres apparaissent et le relief commence à se rider. Plus loin, quelques églises à bulbes fraichement repeintes se dressent dans un décor d'alpage printanier. Des vaches, des vélos, des randonneurs heureux, une pente à 5% puis derrière un promontoire,  l'apparition d'une presque mer intérieure: le Chiemsee.  Ce nouveau décor balnéaire est composé de baigneurs, de canots, de voiliers par dizaines et d’une île qui abrite le château Herrenchiemsee construit par Louis II de Bavière à l’image du château de Versailles. La bâtisse princière trône ainsi les pieds dans l’eau devant sa majesté les Alpes. La montagne aux alentours montre sans pudeur ses contours de plus en plus tourmentés par les soubresauts de l'écorce terrestre à l'approche de L'Autriche. Sur mon destrier à essence diesel, je flirte gaiement avec ce décor idyllique pendant quelques précieuses minutes avant d’apercevoir un panneau portant l'inscription : Osterreich 1500m.

vignette autricheA l’arrivée sur Salzburg,  on s’acquitte d’une vignette autoroutière de 8€ avant de s’autoriser  un arrêt toilette express bien mérité.  En repartant, on jette un dernier regard attendri en direction de la citadelle et on change de cap. (voir: voyage en mittel-europa: étape 10: Salzburg) Du plein Est, on naviguera désormais plein Sud.

 
graz-villachA partir de ce point départ de l'autoroute autrichienne A10, on traverse les Alpes en 2 heures 30. On y  croise d'abord le fameux nid d'aigle d’Hitler  toujours debout au-dessus de la vallée de la Salzach. Ce bâtiment devenu restaurant est construit sur un éperon rocheux qui culmine à 1834 mètres.  Des efforts techniques et humains considérables furent mis en œuvre pour le bâtir afin de montrer la puissance et la force de détermination du 3ème Reich. Offert en cadeau d'anniversaire pour les 50 printemps du Führer, c'est le seul bastion encore debout de cette triste période de l’Allemagne Nazie. En contrebas du refuge, sur l'autre versant, vers Berchtesgaden en Allemagne, tous les chalets-bunkers du berg Hof ont été rasés. Pas de plaques commémoratives, pas de traces pour ne pas donner de crédit, juste du silence et du néant pour oublier le néant.
Une trémie couverte, un tunnel, une ombre portée par la montagne et quelques notes de musique me rappelle à ma traversée des Alpes. Un tunnel payant  à 5€  en plus de la vignette me fait définitivement sortir de mes songes autoroutiers. Ils appellent ça l’extra-toll les malins!!  De l’autre côté du long tunnel Tauern de 6,5km: des forteresses anciennes, des églises à bulbes et des vaches qui paissent tranquillement. Elles regardent blasées les milliers de camions et de touristes qui comme moi  traversent et polluent ce coin de paradis. Dans mon CD Blaupunkt , imperturbable, on chante encore.
pano-villachBientôt, des panneaux indiquent l'Italie à droite et la Slovénie tout droit aux alentours des lacs de Villach. Ils me font signe que nous ne sommes plus très loin du Karawanken. Ce dernier tunnel de presque 8km porte le nom de la montagne qui fait office de frontière entre l'Autriche et la Slovénie. Les casemates de l'entrée du tunnel sont les anciens postes-frontière entre le bloc de l'Ouest et l'ex-Yougoslavie.  A l'époque, on ne devait pas passer aussi rapidement. Un nouvel octroi de passage est demandé, il est de 6.50€ pour la traversée.  On nous rappelle également avec un sourire libéral que les autoroutes slovènes sont soumises à une vignette comme en Autriche. Celle-ci est hebdomadaire ou mensuelle!  15€ ou 30€!!! On voudrait me déplumer?? Un rapide calcul mental m'amène à un total autour des 80€ de péage pour rallier la Normandie à la Slovénie. Ça peut paraître beaucoup mais c’est toujours moins que la voie franco-italienne où les péages sont beaucoup plus nombreux et parfois plus cher à l’instar du tunnel du Mont blanc. Je passe ma traversée du Karawanken à débattre intérieurement sur les arguments des pro-vignettes et ceux des pro-péages au kilomètre. A ma sortie, je penche plutôt pour l’option vignette.  La lumière m’aveugle, je baisse le pare-soleil et je me glisse entre les monts slovènes.  Le décor y est alpin comme en Autriche.  Seule diffère la langue des panneaux publicitaires. Le pays semble aussi riche que son voisin septentrional.  Au fur et à mesure, les bulbes des églises commencent à se transformer, à s’italianiser.  La Slovénie est appelée la Suisse des alpes du Sud. Je commence à comprendre pourquoi quand un panneau me renvoie à ma réalité. Ca y est, Je suis à Ljubljana en Slovénie.
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J’ai trouvé Milan Fras grâce à Karl Eberhard dans le quartier du Metelkova. (Voir virée balkanique: sortie 1: Tübingen) Situé derrière la gare centrale, ce quartier abrite des squats, des ateliers d’artistes indépendants et une ambiance fraternelle, alternative et sauvage à la fois. Des fresques murales, des happenings contemporains, un certain quelque chose de Berlin me donnent les premières notes de cette escapade slovène.

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balkans 2011 813balkans 2011 815Tout en chantant, Milan m’emmène en quelques pas au cœur d’une cité baroque très colorée, riche en églises catholiques et habillée pour l’hiver de riches bâtiments art-déco.  Une sorte de cross-over entre Salzbourg et Vienne qui me rappelle que la Slovénie a grandi dans la Mittel-Europa, sous le giron du royaume Austro-hongrois. Ljubljana s'appelait alors Laïbach et la seule différence observable de prime abord pendant ces premiers hectomètres de promenade avec l'Autriche est l’utilisation de la langue slovène. 

egliseEn passant devant l’église de l’annonciation au cœur du centre-ville, je m’imagine la difficulté à contenir les différences urbaines, politiques, économiques, religieuses et historiques avec  une ville comme par exemple Skopje en Macédoine sous le régime Yougoslave. (…)
Cette église fransiscaine aux formes baroques italiennes donne sur la Ljubljanica; un petit affluent de la Save qui traverse ensuite toute l’ex-Yougoslavie jusque Belgrade ou elle y retrouve le Danube. Des ponts de toutes les époques l’enjambent. C’est sur un de ceux-là, le Zmajski most que l’on peut admirer les 4 dragons art-déco, symbole de la ville. On m’explique rapidement en souriant ironiquement que Ljubljana est construite à l’endroit où Jason a terrassée le dragon lorsqu’il remontait vers l’Adriatique avec ses potes les Argonautes dans la fameuse légende grecque.  En tous cas, c'est marrant de s'apercevoir que dans toutes les villes où il avait des marais, y'a toujours une histoire à endormir debout le peuple en proie à ses propres peurs pendant plusieurs siècles. Je n'ai plus qu'une chose à dire: Merci Jason, t'es un mec cool!

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balkans 2011 834balkans 2011 836Ces considérations laissent planer un long silence jusque la cathédrale Saint Nicolas où les vantaux de son portail d’entrée tout en relief me captent un long moment. J'ai adoré!

 

 

balkans 2011 838Un peu plus loin, un autre pont. De bois cette fois et beaucoup plus récent. Ses rambardes sont habillées de cadenas portant le nom de leurs propriétaires amoureux. Cette manie se retrouve dans beaucoup de capitale désormais et l’idée d’un guide sur ces ponts à la con doit être à mon avis en préparation.  Peut-on envisager s’aimer sans devoir s’enchainer à quelqu’un sur un pont tout en n’ayant pas l’air démodé ?

balkans 2011 823100 mètres derrière, indémodable lui, le triple pont de l'architecte slovène Jože Plečnik. Maître oublié de l'architecture post-moderniste sauf pour les afficionados des écoles d'archi, son chef d'oeuvre peut être représenté par l'église du sacré-coeur à Prague ou par ce pont construit en 1929 juste avant que le royaume des Serbes, Croates et Slovènes ne se transforme en dictature serbe sous le nom de royaume de Yougoslavie !

  

balkans 2011 829De l’autre côté de ce pont nommé Tromostovje en « serbo-croate »,  une large rue piétonne et marchande débouche sur une grande place encore plus piétonne et marchande : La Mestni Trg. Elle fait office de forum principal.  En son centre, se trouve une sculpture fontaine de Robba inspirée par celle de la piazza Navona de Rome. Les amoureux doivent s’y donner rendez-vous avant d'aller prendre un verre en terrasse pour y admirer la vue sur l’hôtel de ville et la cathédrale St Nicolas. balkans 2011 840En continuant vers le Nord, on monte vers le château dit Ljubljanski grad qui surplombe la ville. Il fut déjà place forte lors du royaume des Illyriens au Vème siècle. En grimpant dans les allées du parc boisés, mon regard se pose en contrebas sur une église aux formes baroques très étrange: l'église des Ursulines  Dessinée par un architecte inconnu, elle est d'un style slovène indéniable.

 

La voix de Milan et de son groupe Laibach m’accompagne ensuite vers le château. Les marches militaires revu façon industriel par le groupe m’emmène à considérer l’histoire de la Slovénie et notamment sa relation avec la Serbie. A l’image d’un couple qui a vécu ensemble, qui s’est aimé puis séparé, la Slovénie est un peu la femme qui a pris conscience qu’elle était abusée par son mari devenu avec le temps un beauf un peu trop autoritaire.

milan_frasLeur histoire d’amour commence au lendemain de la 1ère guerre mondiale en 1918 quand la Serbie tyrannisée par l’empire Austro-hongrois d’un côté et par l’empire Ottoman de l’autre se voit enfin libérée de ces geôliers.  Galvanisée par la victoire, elle demande mariage alors à la Slovénie et à son autre cousine la Croatie. C’est ainsi que naquit un beau bébé appelé royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Malheureusement, comme tout couple, il commença à s’engueuler sévèrement pour des histoires de religion, de différents familiaux et d’héritage. Là, j'imagine que le mari prit peur et devint autoritaire: une baffe par ci, une autre par-là, le couple est en crise de 1929 et se transforme en dictature. Un deuxième bébé naquit : le royaume de Yougoslavie ; forçant ainsi les amants à vivre sous le même régime. En 1939, l’oncle Adolph débarque et fait du gringue à la cousine croate. Elle est séduite et  se venge dans le sang des exactions passées avec la Serbie. Le mal est là, l’amant se sent trahi, meurtri par ses anciennes maitresses.  A la libération, il les tiendra en respect manu-militari avec l’aide de tonton Staline. Parfois dans la douleur, ils tentent ensemble de construire une vraie vie de famille parce qu’il le faut bien quand on a des enfants mais le mari trompé est jaloux, sévère et intimidant avec ses maîtresses vengeresses.  Le mariage contraint tiendra jusqu’à la majorité des enfants et jusqu’à la mort de tonton Joseph et de son camarade Coco. A la première occasion, la Slovénie prend en otage le regard du monde entier pour montrer à quel point son mari est méchant avec elle. Pris sur le fait, par la surprise, il est contraint de la laisse partir. Déjà blessé,  le mari devient fou d’amour et se replie sur l’autre cousine. Il a appris sa leçon et jure déjà qu’on ne lui fera pas deux fois

En dix jours, la belle Slovène s’est fait la malle, elle a fait les yeux doux à sa vieille famille allemande et s’est libéré ainsi de son vieux mari aigri.

Le cerveau de ce putch inversé porte le nom de Janez Jansa. Chef militaire de la guerre d’indépendance, il est devenu président du gouvernement slovène pour la seconde fois en 2012. 

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Sur la route qui m’emmenait vers Bled, possible lieu de villégiature du stratège militaire et actuel président de Slovénie Janez Jansa, je repensais à Milan Fras et à son groupe Laibach, au nouvel art slovène NSK et à cette  guerre des 10 jours de 1991 qui sonna le glas de la Yougoslavie et de la fameuse union des peuples slaves du Sud. Le coup de poker que La Slovénie tenta en déclarant son indépendance aurait pu tourner au vinaigre balkanique. Jouer la carte du David contre Goliath aux yeux des médias internationaux en misant qu’ainsi le pouvoir central de Belgrade ne pourrait pas riposter par la force était risqué. En 2011, Il en résulte que la Slovénie est encore le seul pays de l’ex-Yougoslavie à avoir intégrée l’union européenne en 2004 et à avoir adopté l’Euro en 2007.

 

piscine-camping***Camping***: La Slovènie a de très bon camping et L'Allemagne fait figure de France en comparaison, c'est pour dire!! Au nord de la ville, vous trouvez le Ljubljana Resort avec un complexe piscine gratuit pour les campeurs comme seul on peut en trouver en Europe centrale. Une auberge et un motel sont également proposé dans la structure. Bien desservi, c'est une bonne adresse pour un passage de quelques jours en famille sans prise de tête pour le parking.